Cet article est rédigé par Eric Dechêne membre de l’association
L’église est l’un des monuments majeurs de la commune de Sepmes. Son histoire permet d’apporter certains éclairages sur ce qu’à été ce village situé à 14 km de Ligueil.
Le monument antérieur
L’église telle que nous la voyons actuellement date de la fin du XIIe siècle avec quelques modifications aux XVIe et XIXe siècles. Mais, elle est construite sur un bâtiment plus ancien datant du Xe siècle ou probablement du XIe siècle. D’ailleurs durant la seconde moitié de ce XIe siècle, dans le document le plus ancien évoquant Sepmes et qui est une charte, Gosselin de Sainte-Maure donnait les droits qu’il possédait sur cette église à l’abbaye de Noyers (actuellement à Nouâtre). On peut encore voir des traces de ce monument de style roman.
Sur le mur nord de la Nef (face à la mairie), on distingue une partie construite avec des petits moellons, à côté d’un arc en plein cintre correspondant à une ancienne porte. On aperçoit quelques moellons de l’autre côté, sur le mur sud, ce qui prouverait que la largeur de la nef de la première église était la même. Le clocher porte aussi des traces de cette époque romane. Ainsi, sur sa face nord, juste au dessus du toit, nous pouvons observer un arc en plein cintre caractéristique et en dessous de la couverture actuelle, une baie geminée ( = double) romane qui était à l’extérieur au XIe siècle.
L’église gothique
Selon l’historien de l’art G. Fleury, une seconde église fut construite sur la précedente durant les deux dernières décennies du XIIe siècle. Il justifie le choix de cette date notamment par le style des nervures de voûte en ogive, qui correspond à la deuxième vague de construction du « gothique de l’ouest » ou « gothique angevin ». En effet, à cette époque, la Touraine appartenait aux comtes d’Anjou, qui depuis Henri Plantagenêt étaient aussi rois d’Angleterre (1154-1189).
Le plan de cette église du XIIe siècle, comprend une nef unique (sans collatéraux) qui débouche sur une grande salle rectangulaire ou se trouvent entre autres le coeur, formant un sanctuaire. Elle se termine par un chevet plat d’ou ressort une abside à cinq pans. On retrouve cette même organisation pour les églises de Sainte-Maure, de la Chapelle-Blanche et de Ferriere-larçon. L’historien A. Mussat évoque même un « curieux groupe tourangeaux » d’églises qui pourraient même êtreinspiré à la fois par la cathédrale de Poitiers et des salles gothiques hospitalières à Angers et au Mans. (Toutes ces villes étaient dans le domaine des Plantagenêts).
G. Fleury estime que parmi les quatre « seule l’église de Sepmes a eu un aboutissement complet (…) peut-être dû à une dotation plus large par un personnage important ». (hypoyhèse non vérifiée). Toutefois le léger décalage (environ 50 cm) entre la nef et la salle du choeur, ainsi que l’étude approfondie de leur jonction dans les combles font dire à G. Fleury qu’il est possible que cette église gothique fut construite en deux temps, avec une interruption pas très longue, d’abord le choeur, puis la nef.

Quant au clocher, il fut rehaussé et compte ainsi trois étages supplémentaires, le premier étant aveugle, le deuxième avec des baies géminées aveugles et le troisième comportant des baies géminées ouvertes sur le beffroi et plus élancées que celles du roman.

L’église comporte aussi un certain nombre de sculptures authentiquement médiévales et pas des pastiches du XIXe siècle, même si lors des restaurations de cette époque, quelques-unes ont été partiellement retaillées, pour pallier quelques brisures. Elles représentent des têtes et des bustes ou des motifs floraux; Il peut-être amusant de les rechercher. Elles sont situées sur les chapitaux des colonnes, sur des consoles en hauteur au bout de colonnettes ou plus difficilement observables à l’oeil nu, sur des médaillons sous les clés de voutes.
Enfin il faut imaginer qu’au moyen-âge les murs étaient recouverts de fresques. Y étaient peintes aussi des litres funéraires qui étaient des bandeaux noirs faisant le tour du bâtiment avec les armoiries du seigneur local propriétaire de la paroisse, souvent apposées en vue de funérailles. Or, en 1502, un procès dû départager sur ce sujet les seigneurs de Sepmes, Aimery de Thais et de Sainte-maure, Guillaume de la Marc. Le jugement obligea le seigneur de Sepmes à faire peindre sa litre funéraire en dessous de celle du Seigneur de Sainte-Maure. A cette époque, le rang et l’honneur étaient des valeurs essentielles.
L’extension pendant la renaissance
Au début du XVIe siècle, une chapelle du style renaissance fut rajoutée (actuel baptistère). Son plafond composé d’un ensemble de caissons avec des clés pendantes scultées est remarquable. Cette chapelle établie par un acte du 18 janvier 1535 est la commande de Louis Dubois, curé de Rivarennes, seigneur du Puy et du Puisard. Il la fit construire pour accomplir le testament de son oncle, Jean Dubois, seigneur des mêmes fiefs, pour le salut de son âme et celle des membres de sa famille. Pour cela, un chapelain y fut rattaché et il devait dire cinq messes par semaine.
A cette époque, Jehan de Thais bâtisseur du chateau de Sepmes est décédé en 1553 fut certainement inhumé dans le choeur, ainsi que d’autres personnes nobles. Mais il n’en reste plus de traces à cause du revêtement en béton de l’ensemble du sol réalisé en 1883.
Les restaurations du XIXe siècle
En effet, au cours du XIXe siècle et comme dans beaucoup d’églises, des restaurations ont été entreprises. Celles-ci s’expliquent par un regain de solidarité en France, en réaction à la Révolution et par un afflux d’argent lié au développement de l’économie. Ainsi à partir des années 1850, des travaux extérieurs ont été menés par les architectes Guérin puis Raimbault.
Par exemple, le portail d’entrée à l’ouest fut refait en 1862 et l’actuelle sacristie construite contre le mur sud de la nef en 1883.
Puis l’abbé Martin, curé de 1882 à 1927 commanda des travaux à l’intérieur, comme refaire le parement des murs ou une dalle de béton, faisant peut-être disparaitre ce qui restait du Moyen Age.
Les reliques de Saint-Gratien

Dans l’église de Sepmes, on peut aussi voir une chasse (Coffre) contenant des ossements de Saint-Gratien. Un bréviaire du XIIe siècle de l’abbaye de Noyers raconte que ce personnage aurait été victime de combats satellites de la bataille de Poitiers en 732, au bord de la Riolle entre Sepmes et Bournan. S’ensuit toute une histoire légendaire qui se termine par son enterrement à Sepmes. L’abbaye de Noyers qui n’avait pas de reliques aurait récupéré une partie de ce Saint, après avoir les droits sur notre église. Le trafic des reliques était chose courante au Moyen Age.
Suite aux demandes des paroissiens sepmois, un siècle plus tard, en 1654, l’archevêque de Tours, Monseigneur de Boutillier de Chauvigny se rendit à Loches. Il partagea alors les reliques de Saint-Gratien entre l’église de Sepmes et la collégiale de Saint-Ours de la dite ville.
Du mobilier classé
L’église abrite aussi un mobilier dont plusieurs éléments sont classés monuments historiques. A ce titre nous pouvons admirer la magnifique cuve baptismale de la fin du Moyen-Age. Elle est taillée dans un bloc cubique, avec une figure humaine à chaque angle. Quant au retable derrière l’autel, il est en bois doré de style baroqueet date du XVIIIe siècle. Une des deux cloches, la plus grosse baptisée Anne est aussi classée. Elle fut offerte par Anne de Rohan, en 1674, la seigneurie de Sepmes étant alors la propriété de cette famille;
Enfin, deux tableaux « Saint François de Paul » oeuvre du XVIIIe siècle et la « Sainte famille » du XIXe siècle ainsi que la statuette de la « vierge de la rue du Bac » en métal, du XIXe siècle, au dessus de la porte d’entrée sont inscrits aux monuments historiques.
Sources :
Eglise notre Dame de Sepmes, étude archéologique » Gérard Fleury, 2006
Le style gotique de l’ouest de la France. A Mussat, éditions A. et J. Picard, 1963
Dictionnaire géographique, historique et biographique d’Indre-et-Loire. J-X de Busserolle, Éditeur, Impr. Rouillé-Ladevès, 1878
Laisser un commentaire